
Il y a quelques années, ma culture indienne se limitait au clip d’ouverture du film Ghost World : Jaan Pehechaan Ho. Clip tiré d’un film hindi (bollywood donc, du nord de l’Inde), Gumnaam, 1965.
La réalisation du clip, la musique, tout comme la danse, tout cela me paraissait à l’époque complètement déjanté ! Tout droit sorti d’un autre monde.
Jaan Pehechaan Ho (Gumnaam, 1965)
En arrivant en Inde, je savais que j’allais être bouleversée par tout un tas de choses. Mais ce que je ne savais pas, c’est que la culture indienne, réputée pour être particulièrement kitsch, allait autant me coller à la peau. Arrivée à Pondichéry, ancien comptoir français du sud de l’Inde, je suis une petite fille qui, les oreilles et les yeux grands ouverts, observe tout ce qu’il se passe autour d’elle.
La culture cinématographique et musicale est très particulière en Inde. Ce que l’on voit dans les films est souvent très éloigné de la réalité des millions d’Indiens. Il y a dans chacun de ces films un héro, une héroïne, des bagarres, des histoires d’amour… et des clips !
Les films sont en effet entrecoupés de 4 ou 5 clips réalisés aux quatre coins du monde, souvent en décalage complet avec le reste du film. Les acteurs y font du play-back sur des morceaux réalisés par les plus grands compositeurs indiens, très admirés dans le pays.
Au début, on se dit que les Indiens sont complètement à côté de la plaque. On trouve ça ridicule, parfois grotesque et souvent ringard. On trouve que tout ça ressemble à une mauvaise copie de la culture occidentale. Et puis, au bout de quelques jours, je me vois zapper sur les chaînes musicales pour retrouver ce clip qui me donne envie de danser et de chanter.
Eppadi Iruntha (Santosh Subramaniam, 2008)
Ah oui… C’est kitsch, encore plus kitsch que dans mes souvenirs. Et pourtant, je l’écoute en boucle. Petite précision, le nord et le sud de l’Inde peuvent être vus comme deux pays totalement différents. Au-delà de la langue (hindi dans le nord, tamoul dans le sud) qui n’a strictement rien à voir ; la culture est également assez différente. La culture indienne du sud, c’est donc le cinéma Kollywood et non le Bollywood.
Revenons en à nos moutons. Il y a aussi ce morceau que Logan me fait écouter en boucle, Cinema, Cinema, tiré d’un film que nous verrons au ciné à la fin du voyage (Kuselan) avec la superstar indienne Rajini !
Cinema, Cinema (Kuselan, 2008)
Et puis il y a cette publicité pour l’édition de Chennai du journal The Times of India, qui me faisait fondre chaque fois qu’elle passait à la télévision. Le morceau est d’une puissance incroyable ! Les rythmes, les chants, le mélange des genres et des cultures. C’est un peu mon morceau de combat, celui que j’écoute quand j’ai peur de baisser les bras… Bizarre ? Non. Pas pour moi.
(Impossible de trouver la version originale du clip sur Internet. Donc voici le morceau accompagné des images du making-off du clip.)
Publicité pour le journal The Times of India
Et à la fin du voyage, Logan me fait regarder Thirumalai. Avec mes deux acteurs chéris Vijay et Jyothika. Et là, je me dis que le cinéma indien est fait pour moi ! Ca y est, je suis folle amoureuse de Vijay… et de ce clip Thimsu Kattai ! Une dose de bonne humeur à s’injecter le matin avant de partir travailler.
C’est après l’expérience des salles de cinéma indiennes que j’ai compris le sens de cette culture pour les Indiens. Les Indiens, d’ordinaire si discrets, si réservés dans la rue, se lâchent totalement lorsqu’ils sont dans ces salles obscures. On applaudit, on chante, on danse, on siffle, on hue. Le film vit avec les Indiens et nous, on profite du spectacle. Le cinéma permet à certains de déverser une certaine frustration, pour d’autres, c’est le moment où ils décompressent.
Bref, en Inde, le cinéma est ce qu’il devrait être beaucoup plus souvent dans les pays occidentaux : un moment de détente, du divertissement pur et dur (ce qui n’empêche en aucun cas de voir des films engagés). Un instant où l’on respire, une bouffée d’air frais avant de se replonger dans la vie mouvementée indienne.
Thimsu Kattai (Thirumalai, 2003)
Et quand la nostalgie de mon magnifique voyage prend le dessus, je me replonge dedans à travers quelques clips… Rendez-vous dans quelques mois quand j’aurai complété ma culture cinématographique indienne pour vous parler de mes films préférés… (Cliquez sur « more » pour voir d’autres clips.)
Publicité pour le journal The Times of India
Paal Pappali (Sathyam, 2008)
Manjal Veiyil (Vettaiyaadu Vilaiyaadu, 2006)
Om Zaraare (Kuselan, 2008)
Ada Gada Gada (Sathyam, 2008)
Paartha Mudhal (Vettaiyaadu Vilaiyaadu, 2006)
Solamma (Kuselan, 2008)
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